La chèvre 01 octobre 2003 à 16h53 | Par Institut de l´élevage

Elevage de chèvres - Comment gérer l´après-sécheresse

Confrontés aux conséquences de la sécheresse estivale, les éleveurs doivent réagir pour maintenir le potentiel de production de leur troupeau.

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Face à la grave crise que vivent un grand nombre d´éleveurs, l´Institut de l´élevage a élaboré un dossier présentant une analyse actualisée de l´état des lieux des ressources fourragères et, surtout, des solutions techniques pour faire face au déficit fourrager. Cet article reprend des éléments de ce dossier paraissant plus particulièrement adaptés à la situation des éleveurs de chèvres laitières.

Un déficit fourrager de l´ordre de 20 % pour la France
Les évaluations réalisées fin août par le SCEES montrent que le déficit de la production des prairies permanentes et temporaires est de l´ordre de 30 % sur l´année à cette date, mais très variable d´une région à l´autre. Selon que la production d´herbe à l´automne sera normale ou pas, la baisse de production annuelle devrait être comprise entre 25 et 30 %. Pour le maïs ensilage, la production attendue serait en baisse d´environ 20 %. Dans ces conditions, le déficit fourrager global au niveau du pays devrait être de l´ordre de 10 à 15 millions de tonnes de MS, ce qui représente de 15 à 20 % de besoins des animaux. Alors que toutes les régions d´élevage sont touchées, ce déficit est néanmoins variable de 10 à 60 %.

L´analyse réalisée à partir des réseaux d´Elevage permet d´affiner la situation réelle dans les élevages et les attitudes des éleveurs.
On observe en effet des attitudes et stratégies d´adaptation des éleveurs très diverses, dépendantes du type de production et des caractéristiques des troupeaux, l´âge et la réactivité des hommes, de leur situation financière. On peut distinguer deux grandes situations. Dans un premier cas, les éleveurs prévoyants ou d´ordinaire très « stockeurs » disposaient souvent de stocks de sécurité, qu´ils ont pu utiliser dès le mois de juillet. Ils ont réalisé aussi suffisamment tôt des achats extérieurs (ou des réservations) afin d´assurer l´alimentation du troupeau jusqu´au printemps prochain.
Chez ces éleveurs, les productions seront peu affectées mais ce profil est loin d´être majoritaire.
©D. R.


Mobiliser des ressources alimentaires
A l´opposé, de nombreux éleveurs ne disposaient pas de stocks d´avance et la situation de leur trésorerie n´a pas toujours permis d´anticiper ou d´envisager des achats de fourrages de substitution. Ces éleveurs sont aujourd´hui confrontés aux tensions sur les prix des différentes matières premières. Un rapide tour d´horizon permet d´établir les ressources fourragères disponibles à l´échelle du pays :
- Tout en mobilisant des ressources alimentaires exceptionnelles, il faut rappeler qu´il est important de valoriser entre 1 et 1,5 tonne de MS par hectare. Selon les situations, on pourra éventuellement entretenir ou sursemer certaines prairies.
- La paille est l´aliment grossier que l´on mobilise prioritairement dans ce genre de situation. Le prix au départ de la paille sous abri est compris entre 30 et 50 euros par tonne mais est orienté à la hausse. C´est 5 à 10 euros plus cher que l´an passé.

Gérer les prairies et implanter des cultures dérobées
L´utilisation de la paille produite sur l´exploitation ou à proximité, habituellement réservé à la litière, pourrait concerner entre 3 et 4 millions de tonnes de MS.
- Les transferts du maïs grain vers l´ensilage sont l´autre solution majeure mise en oeuvre dans un contexte de sécheresse. Eu égard de l´avancement rapide du maïs, il semble difficile de mobiliser davantage de surfaces de maïs destinées au grain vers l´ensilage.
Les exploitations qui ont un déficit important en stocks fourragers d´orientent pour la plupart sur l´achat de fourrages grossiers, avec une certaine tension sur les prix. Il ne faut pas oublier de gérer correctement les prairies et redynamiser leur capacité à produire.
 Une repousse liée aux conditions climatiques. Si les pluies sont suffisantes et les températures assez clémentes à l´automne (attention au gel !), la production des prairies devrait être plus importante qu´en année normale et permettre de prolonger le pâturage sur les prairies en place.

 Pâturage hivernal. Dans la continuité de l´allongement de la période de pâturage sur l´automne on peut également envisager une conduite en pâturage hivernal de décembre à fin janvier d´une partie du troupeau si les disponibilités en herbes sont suffisantes.
 Implanter des cultures dérobées tout de suite. Après céréales ou maïs, il est possible d´implanter des cultures fourragères dérobées. A croissance rapide, elles peuvent permettre une petite production d´arrière saison ou d´hiver pour le pâturage, si les conditions climatiques l´autorisent. Elles permettront surtout d´avoir une bonne production en sortie d´hiver dès la sortie de l´hiver prochain, que pourront pâturer les animaux. Plus tard, au printemps, elles permettront de reconstituer des stocks fourragers (enrubannage ou ensilage).

 Privilégier des espèces à croissance rapide et très productives.
- Les RGI et le colza permettent d´obtenir rapidement un fourrage vert appétent et de bonne valeur alimentaire avec un niveau de refus faible. Ces espèces sont bien adaptées au pâturage. L´implantation du RGI à la fin de l´été est intéressant car il permet d´avoir de l´herbe de 50 à 80 jours après le semis, selon les conditions climatiques. Un semis de RGI au début septembre peut atteindre un rendement de 1,5 à 2 tonnes de MS par hectare avant l´hiver. Dès la sortie de l´hiver, il autorise une mise à l´herbe précoce. Les ray-grass hybrides sont un peu moins rapides à l´installation mais leur production sera prolongée sur deux à trois ans.

- Bien que moins appétentes, les céréales sont moins exigeantes en eau, et ont l´avantage de s´implanter rapidement et produisent beaucoup. Dans certaines régions, leur pâturage à l´automne équivaut à un déprimage. L´épiaison pourra se faire au printemps et être suivie d´une récolte en ensilage ou en grain. Préférer dans l´ordre le seigle - notamment en zone plus continentale -, l´avoine, le triticale ou encore le blé.
- Les associations de ces espèces sont possibles : colza et RGI ou céréales à paille plus RGI. A ces combinaisons, il est possible de rajouter du trèfle violet ou du trèfle incarnat. Ces associations sont productives et présentent une bonne valeur alimentaire.

 Choix des variétés et doses de semis :
- Ray-grass d´Italie : il faut choisir de préférence des variétés alternatives qui peuvent épier et ont l´avantage d´être plus productives l´année du semis. Leur pâturage ou leur affouragement en vert peut se faire 50 à 80 jours après le semis en fonction des conditions climatiques. La dose de semis recommandée est de 20 à 25 kg par hectare.
- Colza fourrager : il faut choisir des variétés d´hiver si le semis a lieu en septembre (8 à 10 kg/ha). Attention, il faut surveiller les attaques d´altises et traiter si nécessaire en différant le pâturage.
- Céréales : les semences fermières ont l´avantage d´être moins coûteuses même si elles ne garantissent pas la même levée que celles du commerce. Les doses de semis varient suivant les espèces mais seront à doubler en cas d´utilisation des semences de l´exploitation.

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