La chèvre 10 février 2006 à 14h05 | Par Jean-Claude Le Jaouen

Provence - De nouveaux éleveurs s´installent grâce au Plan régional caprin

Épaulées par un plan régional coordonné associant la filière caprine, les collectivités locales et les organisations professionnelles, les premières installations d´éleveurs
se concrétisent.

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A près de 1000 mètres d´altitude sur le versant sud de la montagne de Lure (Alpes de Haute-Provence), le hameau des Anglars domine un paysage de forêts, de champs de lavandin, entrecoupés de landes embroussaillées et de quelques pâtures. C´est là, sur la commune de l´Hospitalet, que Nathalie Fariello a décidé de s´installer avec un troupeau de chèvres et de produire des fromages. Un projet mûri de longue date, enfin en cours de réalisation avec l´appui du Plan d´action caprin régional.
« Ces dernières années, j´ai travaillé au groupement Capridoc dans le Languedoc-Roussillon, mais mon objectif était depuis longtemps de m´installer comme éleveuse. Je me suis donc inscrite au répertoire d´installation des Adasea de plusieurs départements, dont celui des Alpes de Haute-Provence, et en même temps je prospectais sur le terrain, explique Nathalie. Une installation c´est un vrai parcours du combattant, il faut vraiment avoir la foi pour aboutir !

D´abord trouver du foncier, monter son projet, le faire accepter et financer, et tout cela dans des délais très courts. Chaque organisme auquel on s´adresse a ses propres logiques et ses propres délais qui ne sont pas toujours compatibles entre eux, ni compatibles d´ailleurs avec les cycles d´élevage. Le dispositif d´appui du Plan d´action caprin m´a vraiment aidée en jouant un rôle de facilitateur pour toutes les démarches ».
Un exploitant agricole de la commune s´étant déclaré prêt à libérer du foncier pour une installation caprine (location de 8 ha de prairies et de 8,80 ha de landes), Nathalie est informée de cette opportunité fin 2004. Restait à régler le problème de la maison d´habitation dans une région où la pression touristique est très forte et les prix inabordables pour un éleveur débutant. Par chance, peu de temps après, la Safer a pu préempter sur la vente d´une petite propriété (0,7 ha et bâti) située au milieu des parcelles que l´exploitant était prêt à libérer. C´est ainsi qu´en juin 2005, Nathalie a acheté le hameau des Anglars avec de vieux bâtiments en ruine, dont deux avaient été plus ou moins restaurés en résidence secondaire.

Construction d´une chèvrerie en bois de 320 m2
Aujourd´hui, Nathalie est en cours d´installation et construit une chèvrerie en bois de 320 m2 avec salle de traite et fromagerie. Un premier lot de 40 chevrettes actuellement en pension doit arriver en mars-avril, avec une augmentation progressive du troupeau jusqu´à 60 chèvres. Le lait sera transformé en fromages qui seront commercialisés sur la région en vente directe et par grossistes. « Nos premiers fromages devraient être fabriqués en avril 2005, si tout se passe bien ! précise Nathalie. Je serai seule sur l´exploitation, du moins au début, il faut donc tout assurer en restant prudente sur les dépenses. Je démarre avec 55 000 euros d´emprunt, ce qui est raisonnable ».
Premiers résultats positifs du programme régional
Engagé en 2004, le Plan d´action caprin régional a pour objectif d´installer de nouveaux éleveurs caprins et de développer les élevages existants dans une zone couvrant l´aire géographique de production du fromage AOC Banon(1). L´originalité du plan est notamment d´organiser un partenariat actif entre les collectivités locales, la filière caprine régionale et les organisations professionnelles agricoles. « Tout ceci avec l´ambition d´expérimenter et de tirer des enseignements au profit d´autres territoires et d´autres filières », indique Mylène Maurel, directrice de la Frecap(2).
Repérer les sites possibles d´installation, mobiliser le foncier, identifier les candidats à l´installation, organiser, mettre en relation les éleveurs avec les différentes structures concernées, et enfin accompagner les projets est la vocation même du plan.

« Après la mise en place du plan, nous arrivons à la phase de vérité et de confrontation avec les réalités du terrain, explique François Prévost, élu de la commune de Lurs et représentant les communautés de communes de Forcalquier et Banon participant à l´opération. Notre politique volontariste doit se traduire désormais par des installations effectives d´éleveurs caprins. C´est une question de survie pour nos territoires ruraux et nos communes confrontées au recul des activités rurales et à la déprise agricole ».
Et les premiers résultats sont encourageants avec, d´ores et déjà, trois installations abouties, trois autres en cours et deux confortations d´élevages par agrandissement.

Afin d´appuyer les élus, une méthode de diagnostics communaux a été élaborée afin de dresser un état des lieux de l´agriculture dans les communes, de l´élevage caprin et de leurs perspectives d´évolution. Les diagnostics réalisés dans plusieurs communes ont déjà permis de repérer des exploitations susceptibles d´accueillir de nouveaux éleveurs. Ces diagnostics, élargis à l´ensemble des productions agricoles, sont présentés aux élus des communes et sont l´occasion d´une vraie réflexion d´avenir concernant non seulement les activités agricoles, mais aussi la gestion des espaces boisés, le tourisme et l´utilisation pastorale des territoires.
Toujours à l´attention des élus, une brochure présente les besoins pour un élevage caprin en matière de foncier, de bâtiment d´élevage. Des fiches techniques complémentaires expliquent les relations entre élevage et documents d´urbanismes (Plan local d´urbanisme ou carte communale), ainsi que le problème du logement des jeunes agriculteurs avec les financements envisageables.

En dépit des moyens mobilisés, des problèmes demeurent cependant. « Il est important de connaître les candidats à l´installation, souligne Sébastien Bougerol, animateur du projet Nous devons travailler en lien avec les Points info installation dans les départements ainsi que les CFPPA et les organisations agricoles. Il faut recenser les candidats, les accueillir, connaître leurs projets et les accompagner dans leurs démarches. Et pour les exploitations existantes, qu´il s´agit de conforter, certaines sont en difficulté, les aider est parfois plus difficile que d´accompagner une installation ».
Ces témoignages d´éleveurs montrent que les premiers résultats du Plan d´Action Caprin sont bien concrets et que l´équation : dynamique de filière + volonté locale + partenariat actif entre organisations est efficace.

En savoir plus
 Sébastien Bougerol, animateur. Tél. 04 92 87 47 55
Fax 04 92 72 73 13. E-mail : pac.frecap @wanadoo.fr
Site : www.frecap.fr


(1) Provence Alpes Côte d´Azur : un Plan d´action caprin est lancé - La Chèvre nº267
(2) FRECAP : Fédération régionale des élevages de Côte d´Azur Alpes Provence

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