La chèvre 11 janvier 2006 à 17h44 | Par Xavier Roche-Bayard . La Vienne rurale

Qualité de la production laitière - Ingestion maximisée et augmentation du taux butyreux pour les chèvres du lycée agricole de Melle

Au lycée agricole de Melle (79), l´alimentation joue un grand rôle dans les bonnes performances de l´élevage de 400 chèvres, excellent support pédagogique pour les jeunes étudiants. La qualité de la production laitière passe par la meilleure fibrosité des rations alimentaires.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Hugues Coutineau attrape une poignée de bouchons de luzerne déshydratée. « C´est un complément que l´on distribue à la main. Les chèvres ont droit à trois cents grammes par jour. Cela sert à tamponner les variations de quantité et de qualité du foin de luzerne », explique l´enseignant du lycée agricole de Melle, dans les Deux-Sèvres. Hugues Coutineau a en charge le suivi de la conduite du troupeau caprin et les expérimentations. Hervé Moirou, un ancien étudiant du lycée, est aujourd´hui responsable de la conduite du troupeau.
L´alimentation des quatre cents chèvres du lycée agricole est étudiée au plus près des besoins. Elle est basée sur des rations sèches composées de foin de luzerne de deuxième coupe, de foin de graminées, de concentrés (maïs et orge ou maïs et triticale). En plus des bouchons de luzerne, elle est complétée d´aliments fibreux enrichis en matière grasse et d´un concentré azoté. La distribution est assurée en cinq repas par jour par une trémie mobile qui fonctionne en discontinu.
Hugues Coutineau : « Nous sommes à 100 % d´autonomie pour le fourrage et à 75 % pour la matière sèche totale. » ©X. Roche-Bayard

Incidence sur la qualité du lait
« Notre objectif est l´autonomie alimentaire. Nous sommes actuellement à 100 % d´autonomie pour le fourrage et à 75 % pour la matière sèche totale. L´apport de bouchons de luzerne déshydraté nous permet de produire du lait de meilleure qualité », souligne Hugues Coutineau.
La luzerne est distribuée le matin avant les concentrés pour que les chèvres ingèrent un maximum de fourrage. Les rations sont fractionnées dans la journée pour stimuler, non pas la curiosité (innée) de l´animal, mais l´appétit. « Cela peut surprendre qu´il y ait autant de fourrage dans les allées, mais en fait nous repoussons toujours le fourrage dans les auges. Elles sont conditionnées pour se nourrir », souligne Hugues Coutineau.

En effet, dans les allées séparant les six lots de chèvres, le fourrage est distribué en abondance. « Le taux de refus est de 15 %. Une chèvre ingère 3,10 à 3,20 kilos de matière sèche chez nous, contre 2,5 kilos si l´on se base sur les normes de l´Inra. »
Les rations, plus fibreuses doivent développer la rumination, pour éviter l´acidose et pour accroître le taux butyreux. La teneur en matière grasse du lait reflète la qualité de la fibrosité des rations. Les analyses du lait sont aussi riches d´enseignement. Si le taux butyreux chute, la composition de la ration est revue et corrigée en essayant d´augmenter l´ingestion de fourrages fibreux. « Nous souhaitons arriver à une production à taux butyreux supérieur à 38 et un taux protéique au-dessus de 33 », résume Hugues Coutineau. A la fin du mois de juillet, le TB affichait 38, 6 et le TP 33,3.

Autre cheval de bataille, les critères sanitaires de l´alimentation. « La cellulose est autour de 20 %, le taux d´amidon et de sucre est inférieur à 25 %, la part de fibre est autour de 50 %. Le taux de matière grasse est de plus de 3,5 %. Le but est d´éviter l´acidose », précise l´enseignant ; l´alimentation exclut les matières premières à base d´OGM, de tourteaux tannés au formol et l´urée. Cette rigueur correspond au cahier des charges de la « Charte de Qualité » définie par les adhérents de la coopérative laitière de Sèvre-et-Belle, qui collecte le lait. Dans cette recherche de qualité laitière, la composition technique des rations joue beaucoup. Mais l´oeil du professionnel intervient souvent. « Nous vérifions si les crottes sont bien noires et bien moulées, elles sont un signe de consommation de cellulose. »
Hugues Coutineau a été aussi formé à l´appréciation de l´état corporel, jugeant les réserves adipeuses de l´animal aux niveaux lombaire et sternal. Si un lot de chèvres présente des signes d´amaigrissement ou de non reprise d´état, sa ration est améliorée en énergie. Si leur état est insuffisant, elles sont regroupées dans un lot, et peuvent être retardées pour la mise à la reproduction.
Le taux d´urée dosé lors des trois analyses mensuelles est aussi un indicateur « révélateur du niveau azoté de la ration ».
Les analyses du lait sont aussi riches d´enseignement. Si le taux butyreux chute, la composition de la ration est revue et corrigée. « Si l´on trouve plus de 500 milligrammes d´urée par litre de lait, cela est révélateur du niveau adipeux de la ration qui est peut-être trop azotée. »
La ration vise les besoins pour quatre à cinq kilos de lait par l´énergie et environ six kilos par l´azote de manière à être sûr de couvrir la production permise par le potentiel génétique des meilleures femelles.
L´objectif est de maintenir une capacité d´ingestion maximum pour toutes les chèvres. ©X. Roche-Bayard

Désaisonnement avant les fêtes de Noël
La coopérative laitière de la Sèvre incite tous les producteurs à produire du lait d´automne. Cet effort de désaisonnement est payé 17 centimes d´euros de plus en automne qu´au printemps. La laiterie travaille sur du lait cru, et recherche du lait de qualité pour la fabrication de fromage comme du Chevrot ou encore du Chabichou du Poitou. Il s´agit de répondre à une forte demande en fromage de chèvre avec l´arrivée des fêtes de fin d´année.
Le lycée affiche des rendements honorables, environ un quart de sa production laitière annuelle est assurée sur trois mois de septembre à novembre.

Au début du désaisonnement, il y a quinze ans, cette part n´atteignait que 10 %. La pose d´éponges est effectuée début avril, pour grouper un maximum de mise bas en septembre et octobre. L´élevage n´est pas engagé dans un système de stimulation lumineuse, le bâtiment étant par ailleurs suffisamment clair.
« Sur six lots, nous essayons de mettre les deux tiers à la reproduction dès avril, explique Hugues Coutineau. Nous procédons par insémination en semence congelée pour améliorer la génétique, et également en IA frais avec des semences prélevées sur nos boucs. Puis nous laissons en lutte naturelle pour les retours ».
La monte naturelle est respectée en automne pour les mises bas calées en février mars. Le taux de fertilité est d´environ 50 % en « IA congelé ». Il est supérieur en « IA frais ».
La ration distribuée vise à couvrir les besoins d´une production de 5 kg de lait en énergie et de 6 kg de lait pour l´azote. ©X. Roche-Bayard

La période de tarissement dure 60 jours
La teneur de la ration n´évolue pas pendant la lactation et ce, jusqu´à la mise à la reproduction, période où est réalisée une réduction des apports correspondant à environ un kilo de lait.
Le tarissement « brutal » est décidé après échographie, après que soient supprimés les concentrés. La phase de tarissement dure soixante jours, et se déroule en juillet et août (avantageux pendant cette période de vacances scolaires) et en hiver. « Les chèvres vides après échographie sont mises en longue lactation avec celles qui viennent de mettre bas, elles ont droit à la même ration. »

Toujours pour maintenir une capacité d´ingestion maximale, les chèvres pleines ont un régime alimentaire soutenu pour « venir en concurrence » du foetus. Ainsi, après la mise bas, la capacité d´ingestion reste élevée. « On donne du bon foin de luzerne en fin de tarissement. Les concentrés sont redistribués quinze jours à trois semaines avant, le maximum de la ration est donné au bout des trois semaines. » L´alimentation des chevrettes se fait à partir de flocons, de concentrés azotés, de déshydratés fibreux et bien sûr de foin (graminées), un système testé depuis plusieurs années. L´idée est de les amener le plus tôt possible au foin, à être ruminantes au bout de deux mois et à un poids de seize kilos sachant que l´objectif est une mise à la reproduction à sept mois à trente-deux kilos. Le travail sur la qualité laitière débute donc très tôt. Sur le nombre de mises bas, un tiers des chevrettes (soit plus de 120 jeunes caprins) assurera la production laitière des années à venir.
Avec un taux de refus de 15 % sur les fourrages, une chèvre ingère 3,10 à 3,20 kilos de matière sèche par jour. ©X. Roche Bayard

Pour en savoir plus
L´exploitation agricole du lycée de Melle :
 SAU : 169,5 hectares
 Scop : 49,7 hectares
 139 hectares de surface fourragère, dont 18,65 hectares de luzerne, 35,45 de graminées et 65,84 de prairies naturelles

Voir aussi autres articles du dossier de Réussir la Chèvre de novembre-décembre 2005 « Les stratégies pour ajuster les rations ». (R. La Chèvre nº271, dossier de 12 pages)

Acheter un numéro

Il est possible d'acheter les anciens numéros de la revue "La chèvre".
Contactez Laëtitia REGNIER du service abonnement :

pour vous assurer de la disponibilité du numéro demandé.
Une fois le numéro réservé, nous attendons une confirmation écrite avec règlement par chèque bancaire de la commande, avant d'envoyer par retour le(s) numéro(s) commandé(s) accompagné(s) d'une facture justificative. Les numéros sont vendus à la valeur faciale, port compris, lors de la parution de chacun d'entre eux.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La chèvre se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

La revue La chèvre a 60 ans : racontez vos souvenirs avec le magazine.

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui