La chèvre 10 octobre 2003 à 12h03 | Par Jean-Claude Le Jaouen

Production caprine - Laurent Montagnon, éleveur en Ardèche, a choisi le pâturage

Dans le Nord Ardèche, Laurent Montagnon pratique le pâturage permanent de mars à octobre. Il témoigne de son organisation et ses choix.

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« Le principe de mon système d´alimentation de mars à octobre est celui du pâturage. Les chèvres sortent tous les jours avec un accès direct, jour et nuit, de la chèvrerie aux parcelles et cela quelles que soient les conditions climatiques. Elles reçoivent un complément en concentré, mais pas de foin, sauf en période de transition. Donc toute la ration de base est apportée par le pâturage en prés clôturés ».
Installé depuis 1995 sur la commune de Saint Cyr, dans le Nord Ardèche près d´Annonay, Laurent Montagnon exploite seul un troupeau de 90 alpines dont le lait est livré à la laiterie de St-Félicien (Groupe Lactalis). Pour lui, la conduite d´un troupeau caprin avec pâturage s´imposait naturellement. « J´avais un BTS industrie agroalimentaire option laiterie et mon intention était de travailler en industrie avant de m´installer comme éleveur, car l´élevage et la production du lait m´intéressaient depuis l´enfance, explique Laurent. Mais l´opportunité de louer une exploitation et les aides apportées à l´époque par le Pida St-Félicien(1) m´ont décidé à m´installer plus rapidement en achetant 90 chevrettes en Ardèche et dans les Deux-Sèvres.

Seules les chevrettes de l´Ardèche provenaient d´un troupeau qui pâturait. L´exploitation louée se prêtait bien au pâturage et, de toute façon, je n´aurais pas fait éleveur pour laisser les bêtes dans un bâtiment. Mon père était éleveur de vaches et je ne connaissais pas le hors-sol. Pour préparer mon projet, j´ai donc pris contact avec les techniciens de la station caprine du Pradel, ce qui m´a conforté dans le choix du pâturage, cela d´autant plus d´ailleurs que l´idée me plaisait ».
Avec 32 hectares dont 21 de parcelles groupées, l´exploitation est située sur un plateau de terres granitiques, assez filtrantes, favorables à la pousse de l´herbe. Avec des précipitations annuelles de l´ordre de 700 mm le printemps est en général humide et l´été plutôt sec, donc avec un problème de pousse de l´herbe en été d´où le choix de la luzerne en complément des graminées pâturées au printemps. « En année normale j´arrive à assurer la soudure entre les saisons sans distribution de foin, précise Laurent,mais cette année avec la sécheresse j´ai dû complémenter avec de la luzerne déshydratée et de la paille ».

Pâturage permanent de mars à octobre
Avec des mises bas en novembre, afin de profiter des prix du lait d´hiver plus élevés (traitement lumineux + mélatonine), le troupeau est conduit en stabulation, sans accès au pâturage, pendant toute la période hivernale d´octobre à mars. Pendant 5 à 6 mois les laitières reçoivent du foin de luzerne, de la luzerne déshydratée et du concentré distribués à l´auge et en salle de traite. « Toutes les chèvres qui mettent bas en novembre sont rentrées en chèvrerie fin octobre pour recevoir de l´alimentation sèche. Le troupeau réalise ses 4 à 5 premiers mois de lactation en stabulation, donc hors pâturage, avec un pic autour de 3,8 kg de lait en décembre et début janvier, indique Laurent. La courbe de production laitière est plus plate qu´avec des mises bas de décembre-janvier. C´est un sujet qui mériterait d´être étudié : est-il préférable d´avoir un fort pic de lactation ou une courbe plus plate avec une moyenne de production autour de 800 kg ».

Les chèvres commencent à sortir la première semaine de mars sur des prairies de graminées (dactyle en prairie naturelle), la luzerne étant réservée au pâturage d´été après une ou deux coupes de foin. Dès le début mars, avant même la pousse de l´herbe quand celle-ci commence à reverdir, les chèvres ont accès au pâturage tout en continuant à recevoir du foin à l´intérieur, pendant 10 à 15 jours afin d´assurer la transition. « Les chèvres s´arrêtent d´elles-mêmes de manger du foin dès qu´elles disposent de suffisamment d´herbe, explique Laurent. Dès qu´elles commencent à sortir, j´arrête la distribution de la luzerne déshydratée et le concentré est réduit de 600 à 300 grammes par jour et par chèvre pendant la période de transition. Le remplacement se fait progressivement, sans difficulté particulière. Même si certains éleveurs craignent la mise à l´herbe, je n´ai pas eu de problème comme une baisse de production. Dès la fin mars le troupeau est uniquement à l´herbe avec accès permanent aux pâtures, car le pâturage du soir après la traite est important.

Ces parcelles pâturées sont en moyenne de 1 à 2 ha avec clôtures en barbelés ou en fils électriques fixes. J´ajuste le temps de pâturage sur chaque parcelle déjà clôturée et non pas la surface disponible, tout en évitant de les laisser plus de 4 jours sur la même parcelle parce qu´elles s´ennuient et que la production diminue. Courant avril, je fauche les refus en les laissant sur place ou en les utilisant en enrubannage qui sera distribué aux vaches allaitantes. Les rotations sont assez rapides car les chèvres reviennent tous les 12 jours en moyenne sur la même parcelle. Le plus difficile à gérer, c´est la pousse de l´herbe au printemps et sa bonne utilisation par le troupeau ».

Luzerne en été
La première coupe de luzerne intervient autour du 15-20 mai, suit une deuxième coupe en juin. Ce n´est donc qu´après la repousse suivant la deuxième coupe que le troupeau pâture sur luzerne.
Habituellement la transition graminée-luzerne se fait sur une dizaine de jours. « Les premiers jours, je conduis les chèvres le soir pendant quelques dizaines de minutes sur la luzerne, puis elles y ont accès que la nuit avant d´y être en permanence. Avec ce système je n´ai jamais perdu une seule chèvre à cause de la luzerne, observe Laurent. Le fait de passer sur une luzerne appétente relance la production laitière même à plus de 6 mois de lactation ».
Sur luzerne, le pâturage est conduit au fil électrique qui est déplacé deux fois par jour afin d´ajuster les quantités offertes, en évitant le gaspillage et les risques métaboliques. La période luzerne se prolongera jusqu´en début septembre période de tarissement. Les chèvres sont alors placées dans un pâturage de graminées, jusqu´à la rentrée définitive en stabulation, c´est-à-dire fin octobre.
©D. R.

Un système satisfaisant
« Globalement, je suis satisfait de mon système, déclare Laurent, mais ce n´est pas toujours simple, car il faut ajuster en permanence pour éviter les excès ou les manques d´herbe. Pendant six mois, les chèvres pâturent et le tracteur ne tourne pas. Du point de vue temps de travail, le pâturage direct est un avantage, car en dehors de l´entretien des clôtures et les soins au troupeau, je travaille seul sur l´exploitation avec 90 chèvres et j´assure sans difficulté. Je pourrai fonctionner de la même façon avec 20 ou 30 chèvres de plus, mais je suis limité par ma surface en chèvrerie. La trentaine de chevrettes que j´élève chaque année pâturent également des graminées à partir de fin mars, vers l´âge de 4 à 5 mois, mais elles sont séparées des adultes et ne pâturent jamais les parcelles des laitières pour éviter le parasitisme. Il est important que les chevrettes apprennent à pâturer avant de rejoindre le troupeau adulte. Aujourd´hui, dans le Nord Ardèche, beaucoup d´éleveurs pratiquent le pâturage, même si les systèmes d´alimentation sont variés.

Le prix du lait payé par la laiterie est le même quel que soit le mode d´alimentation. Pour un lait de pâturage, il serait certainement justifié qu´une prime soit instituée, d´autant que nous sommes dans la zone de l´AOC Picodon ».


(1) Pida : Programme intégré de développement agricole de la région Rhône-Alpes.


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Cet article est extrait du Dossier Réussir La Chèvre de Septembre/Octobre 2003 intitulé « Gestion de l´alimentation : valoriser le pâturage ».
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