La chèvre 20 octobre 2004 à 14h26 | Par Jean-Claude Le Jaouen

Fromage de chèvre - La Feuille du Limousin, un fromage fermier régional

Créer un fromage régional, lui donner un nom, une identité et structurer la démarche collective des producteurs des producteurs, telle a été l´aventure de la Feuille du Limousin dont témoigne Christian Arnaud.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Installé depuis 1979 en Corrèze, à Saint-Hilaire Flossac une commune située sur un plateau boisé à 650 m d´altitude, Christian Arnaud fait partie des fondateurs convaincus de la Feuille du Limousin.
« C´est dans le cadre du Syndicat caprin de Corrèze qu´est née l´idée d´un fromage commun pour les fromagers fermiers généralement issus de la vague des néos-ruraux ayant relancé la production caprine dans la région, se rappelle Christian. Les premières réunions ont eu lieu en 1992, avec pour toile de fond la crainte de ne plus pouvoir fabriquer des fromages au lait cru, plus la menace de la mise aux normes européennes des fromageries. La Corrèze n´ayant pas de véritable tradition fromagère caprine et les régions avoisinantes protégeant leurs fromages par des AOC, notre problème était de savoir comment se situer pour continuer à exister. Les fromagers fermiers bénéficiaient déjà d´actions techniques et de formations fromagères, mais le groupe voulait aller plus loin ensemble. De plus, chacun s´interrogeait sur ses fromages, leur qualité, la façon de fabriquer. C´est ainsi que l´idée de la Feuille du Limousin est née progressivement ».
La production d´oeufs a augmenté de 7 % en 2003. L´estimation pour 2004 est de + 4 %. ©A. Puybasset

La consommation d´oeufs augmente à nouveau, avec une forte demande pour le calibre XL. ©A. Puybaset

Quelle forme et quel nom lui donner
En réalité le projet d´un fromage commun n´avait pas de contours bien délimités au départ. Tous les fromagers fabriquaient des pâtes lactiques, une technologie qu´ils connaissaient donc bien, il leur a donc semblé évident que leur fromage commun ne pouvait être qu´un lactique. L´idée d´un autre type de pâte a bien été débattue mais vite abandonnée. Deux questions se posaient alors : quelle forme et quel nom pour le nouveau fromage ?
Restait à bien identifier le fromage à sa région de fabrication : le Limousin. Or le symbole de la région étant la feuille de châtaigner, peu à peu a surgi la proposition d´une forme ovale rappelant celle de la feuille de châtaigner. Demeurait ensuite le choix de la dénomination du fromage qui devait nécessairement faire référence au Limousin.

« Chacun a fait des propositions de noms et c´était un débat très passionné, se souvient Sylvie Denis de la Chambre d´agriculture qui animait les réunions. Le problème était que de nombreux fromages existant en France portaient déjà le nom de feuille, et ils étaient déjà plus ou moins protégés. Finalement le choix s´est arrêté sur la Feuille du Limousin qui a recueilli le maximum d´adhésion ».
La forme ovale et le nom ayant été choisis, restait à définir le schéma de fabrication, le poids du fromage et surtout le type de moule. Pour des raisons de hauteur de moule et de temps de travail, il a été décidé de pratiquer un léger pré-égouttage du caillé (10 à 30 mm à une température de 20ºC) et différents essais ont été réalisés avec des moules en inox fabriqués artisanalement. Depuis, le cahier des charges a évolué et le pré-égouttage du caillé n´est plus obligatoire, certains producteurs préférant le moulage direct. Dès le départ les producteurs ont décidé que le fromage pouvait être commercialisé à différents stades : frais, demi-sec, et affiné, même si la grande majorité des fromages sont vendus à l´état frais.

Très vite est apparue la nécessité de structurer la démarche, d´autant que la possibilité de fabriquer la Feuille du Limousin n´a plus été réservée aux seuls producteurs de Corrèze, mais élargie à ceux de la Creuse et de la Haute-Vienne, le fromage prenant ainsi le véritable caractère régional que supposait son nom.
« Chacun faisait ses fromages chez lui et ensuite on les comparait avec des discussions très animées, précise Christian. C´est pourquoi une commission fermière a été constituée qui a, peu à peu, construit un cahier des charges. L´action collective a parfois été laborieuse, avec des hauts et des bas, des moments de découragement, mais nous avons appris à travailler ensemble. Nous étions tous assez individualistes au départ, mais nous avons réussi à nous réunir, à échanger, à trouver des compromis, sans compter notre éloignement géographique les uns des autres qui était une difficulté supplémentaire pour nous retrouver ».

Aujourd´hui, la Feuille du Limousin est une réalité bien installée qui regroupe 12 producteurs fermiers des trois départements de la région, chacun commercialisant entre 10 et 50 % de sa production totale en Feuille du Limousin (17 % en moyenne). Les 12 élevages fromagers totalisent (chiffres 2003) 850 chèvres avec un potentiel de production annuelle de 460 000 l de lait ; 98 000 fromages ont été produits l´année dernière et vendus avec une étiquette verte commune, chaque producteur faisant figurer son nom et son adresse. Le nom du fromage, sa forme, son moule, l´étiquette sont protégés auprès de l´Institut National de la Propriété Industrielle (marque déposée). Un comité de dégustation se réunit plusieurs fois par an pour contrôler la conformité des fromages avec le cahier des charges. Enfin, longtemps diffusé sur le marché de la région, la Feuille du Limousin, commence a être bien connue hors région, notamment sur la région parisienne.
Dans les grosses fermes de ponte, les bâtiments sont équipés d´un maximum d´automatismes. ©A. Puybasset

La croissance s´accélère en 2003. ©Source: Inprovo

Un GIE pour vendre en commun
« Nous nous sommes installés avec, dès le départ, la volonté de travailler avec d´autres agriculteurs, explique Christian. Il est important de ne pas rester seul, d´où ma démarche de travailler collectivement. C´est comme cela que nous avons créé une Cuma. Pour la commercialisation de nos fromages, les choses ont peu à peu évolué. La première année c´était la vente directe à la ferme, sur les marchés, aux restaurants. Après quelques années, la consommation locale étant limitée car ici on mange surtout des fromages d´Auvergne, nous avons démarché la région parisienne ».
A l´époque, la gamme de fromages comprenait les formes classiques : crottins, briquettes, tommettes, pyramides, c´est-à-dire les formes des autres régions dont les dénominations étaient protégées, d´où une difficulté supplémentaire, pour les nommer. C´est ainsi qu´est né le Gour, noir cendré et le Gour blanc, un lactique devenu la spécialité de l´exploitation.

« Même si les fromages se vendaient bien, y compris dans le cadre de la démarche Feuille du Limousin, nous avons pris conscience qu´il nous fallait évoluer pour commercialiser hors région, indique Christian. C´est pourquoi, avec 3 autres fromagers fermiers (2 caprins et 1 ovin) nous avons décidé de mettre en commun une part de notre clientèle, grouper nos expéditions pour baisser le coût du transport, et éviter ainsi de se concurrencer les uns les autres auprès des mêmes acheteurs. Cette démarche a abouti à la création de notre GIE « Les fermiers de la Corbrèche ».
Constitué en 1992, le GIE regroupe aujourd´hui la production des 4 ateliers avec une répartition des fonctions entre les adhérents : un centralise les commandes et la commercialisation, un deuxième se charge des transports et un troisième assure la comptabilité. La stratégie du GIE est éventuellement de travailler avec les grandes surfaces, mais plutôt avec la distribution traditionnelle spécialisée dans les marchés de niche. Entre 40 à 80 % des ventes de chaque adhérent passent par le canal du GIE dont le chiffre d´affaires a atteint 140 000 ? en 2003. Avec ses 12 ans d´existence, le GIE affiche une belle vitalité.
Les exportations ont augmenté de 65 % entre 2002 et 2003. ©Source : Alimarket, selon les douanes espagnoles.

45 000 Charolais du Bourbonnais ont été labellisés depuis sa création et 2538 en 2003. ©F. d´Alteroche

Le réacteur réalise la phase d´aération/brassage pendant 20 h. Après quoi, le système est interrompu pour laisser décanter les boues et les évacuer vers la fosse de stockage. ©C. Gérard



(Pour en savoir plus : voir dossier de Réussir La Chèvre de Septembre-Octobre 2004 : « Le dynamisme caprin s´affirme en limousin ». Nº264, 14 pages.)

Acheter un numéro

Il est possible d'acheter les anciens numéros de la revue "La chèvre".
Contactez Laëtitia REGNIER du service abonnement :

pour vous assurer de la disponibilité du numéro demandé.
Une fois le numéro réservé, nous attendons une confirmation écrite avec règlement par chèque bancaire de la commande, avant d'envoyer par retour le(s) numéro(s) commandé(s) accompagné(s) d'une facture justificative. Les numéros sont vendus à la valeur faciale, port compris, lors de la parution de chacun d'entre eux.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La chèvre se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Ressentez-vous les conséquences de la sécheresse ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui