La chèvre 19 juillet 2002 à 10h48 | Par Propos recueillis par Jean-Claude Le Jaouen

Filière caprine - Pour Michel Georges, "l´amélioration génétique est un investissement rentable"

Michel Georges, éleveur sélectionneur dans les Deux-Sèvres et ancien président de Caprigène, donne son avis sur le programme d´amélioration génétique caprin.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Eleveur sélectionneur dans les Deux-Sèvres et ancien président de Caprigène, Michel Georges possède une bonne connaissance de l´histoire, des objectifs et du fonctionnement du programme d´amélioration génétique caprin. Mettant à profit ses connaissances et son expérience d´éleveur, la revue Réussir La Chèvre lui a posé des questions souvent évoquées lors de réunions d´éleveurs.

La Chèvre - Avec votre expérience d´éleveur sélectionneur, quelles ont été les étapes les plus marquantes de l´amélioration génétique caprine au niveau national ?

Michel Georges - La première étape importante fût, je crois, l´arrivée des index à la fin des années 70. Depuis, la sélection se fait à partir de la valeur génétique des animaux et non plus à partir de leurs performances brutes. Ces performances brutes montraient bien plus les qualités de l´éleveur, son savoir-faire et sa maîtrise des différentes techniques d´élevage permettant à ses chèvres d´exprimer leur potentiel génétique. Puis, en 1992, la rénovation de l´UPRA avec la mise en place de nouveaux statuts et la naissance de Caprigène France avec le contrat Gènes+, le travail de partenariat entre les différents organismes CL, IA, UPRA, permit à la sélection caprine de véritablement progresser. L´obligation pour les éleveurs adhérents à Caprigène d´inséminer avec des boucs améliorateurs ou de testage au minimum 30 % de leur troupeau permet de connecter les élevages du schéma. La conséquence directe en est que les index sont de plus en plus fiables, nous n´observons plus de chute brutale de l´index de certains boucs d´insémination. Enfin, la mise en place d´un index de synthèse (ICC : Index Combiné Caprin) rend plus simple le choix des animaux pour la réalisation des accouplements.

Le fait d´avoir sélectionné sur 2 races seulement, l´Alpine et la Saanen, était-il un bon choix ?

En production laitière, la sélection de deux races, l´Alpine et la Saanen n´est pas de la volonté de Caprigène. Pour qu´un schéma d´amélioration génétique existe pour une race il est indispensable que cette race soit d´abord portée par des éleveurs. Je rappelle qu´il existe des programmes de conservation pour les races à plus petit effectif et qu´ils sont conduits en collaboration étroite avec l´Institut de l´Élevage.

Le schéma national d´amélioration génétique est performant mais la diffusion du progrès génétique est-elle satisfaisante ?

Si l´on compare les taux des laits produits il y a 15 ou 20 ans avec ceux des laits produits aujourd´hui, je crois qu´il n´y a pas photo. Le taux butyreux et le taux protéique ont gagné plusieurs points, ce qui se traduit par des gains de rendement en fabrication non négligeables, la quantité de lait nécessaire pour fabriquer un kilo de fromage à très nettement diminuée. Je suis donc tenté de dire que le schéma fonctionne bien et diffuse largement. Mais ce schéma reste très fragile car il repose sur un nombre insuffisant d´éleveurs engagés dans la création du progrès génétique en pratiquant l´IA. L´utilisation de mâles issus de pères améliorateurs en monte naturelle comporte des risques sanitaires très souvent sous évalués. D´autre part, ces mâles ne sont pas testés, la probabilité qu´eux mêmes soient améliorateurs reste encore faible. Il ne faut pas oublier qu´à Capri-IA seulement 1 bouc sur 4 sort améliorateur après l´épreuve du testage.


A votre avis pour quelles raisons l´insémination artificielle est-elle plutôt stagnante depuis quelques années ?

La diffusion de l´IA progresse lentement, plus 15 000 IA en dix ans et plus 5 % en 2001 par rapport à 2000. Son taux de pénétration reste faible, autour de 10 %, alors que chez les brebis laitières il est de près de 50 % et de plus de 80 % chez les vaches laitières. Les raisons sont diverses, voire confuses. La mise en place du chantier de reproduction et la réussite à l´IA sont souvent mises en avant. Un chantier bien organisé ne prend pas plus de temps et les résultats moyens montrent pourtant sans ambiguïté, qu´en espèce caprine, ils n´ont rien à envier à ceux des autres espèces laitières : 65 % contre à peine 55 % chez les bovins laitiers après la première IA.

Les index sont-ils toujours bien compris et utilisés par les éleveurs ?

Je crois que la bonne compréhension des index et leur bonne utilisation dépendent d´abord de leur fiabilité. Cette fiabilité est directement dépendante du degré d´utilisation de l´IA dans l´élevage. Quand il y a fiabilité des index dans un troupeau, les chèvres meilleures productrices en lait et en taux ont les index les plus élevés.

Les orientations du schéma national sont-elles toujours en phase avec les besoins des éleveurs et de la filière ?

Aujourd´hui, le lait de chèvre est destiné pour l´essentiel à la fabrication de fromages. Compte tenu de cette situation le schéma actuel répond, me semble-t-il, aux besoins des transformateurs fermiers ou industriels, nous l´avons vu plus haut en observant l´évolution des taux. Le fait que Caprigène soit composé de trois collèges : création, diffusion et utilisation permet de répondre aux demandes de tous les acteurs. Celle formulée par les transformateurs pour remédier aux inversions de taux constatées à certaines périodes est prise en compte, depuis plusieurs années maintenant, par l´introduction dans l´ICC des index élémentaires sur la matière grasse et le taux butyreux. Le travail sur la morphologie progresse même si les résultats ne sont pas encore à la hauteur de ce que souhaitent les éleveurs. D´autres critères, telle que la rusticité ou la longévité des animaux, devront être pris en compte comme le demandent les éleveurs. Ils sont plus difficiles à mesurer. Néanmoins, Caprigène s´efforce de conserver une variabilité génétique suffisante en veillant à la non disparition de familles, chez les pères à boucs notamment.

Que peut-on répondre aux éleveurs qui trouvent que les outils de l´amélioration génétique coûtent chers ?

L´amélioration génétique, c´est d´abord un investissement pour l´avenir. La pratique de l´IA c´est une sécurité sanitaire car il n´y a pas d´introduction d´animaux extérieurs dans le troupeau et une garantie quant à la production des futures générations créées à partir des boucs améliorateurs proposés. Cet investissement est rentable.
Peut-être pourrions-nous prendre quelques chiffres. La production moyenne des chèvres au contrôle laitier en France est d´environ 750 kg de lait avec 34,5 g de TB et 30,5 g de TP. Cette moyenne est supérieure de près de 80 kg par lactation lorsque le nombre de filles issues d´IA est de plus de 60 % avec un gain de plus de un gramme sur les taux et pour tous les litres produits ceci par rapport aux troupeaux où il n´y a pas ou peu d´IA.
Le produit supplémentaire par chèvre est égal au prix des 80 kg de lait, plus la valeur des grammes différentiels sur tous les kilos produits soit 334 F.

Le coût total de l´investissement par chèvre en intégrant l´IA, le traitement de synchronisation et la cotisation de Caprigène s´établit à 119 F.
Ces valeurs peuvent certes varier d´une région à l´autre, mais il faudrait déduire de ces charges les différentes aides que peuvent percevoir les éleveurs (aides régionales, GIE, entreprises de transformation).
La marge supplémentaire obtenue est pour une part également due à une bonne maîtrise des techniques d´élevage qui permettent aux chèvres de mieux exprimer leur potentiel génétique, quelque soient les systèmes plus ou moins intensifs ou extensifs utilisés par les éleveurs. Une bonne génétique permet à mon sens de produire mieux. Par ailleurs, je voudrais rappeler, que le coût du schéma national reste stable et que la part supportée par chaque utilisateur est directement fonction du nombre d´éleveurs pratiquant l´insémination dans leur troupeau.

Acheter un numéro

Il est possible d'acheter les anciens numéros de la revue "La chèvre".
Contactez Laëtitia REGNIER du service abonnement :

pour vous assurer de la disponibilité du numéro demandé.
Une fois le numéro réservé, nous attendons une confirmation écrite avec règlement par chèque bancaire de la commande, avant d'envoyer par retour le(s) numéro(s) commandé(s) accompagné(s) d'une facture justificative. Les numéros sont vendus à la valeur faciale, port compris, lors de la parution de chacun d'entre eux.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La chèvre se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

La revue La chèvre a 60 ans : racontez vos souvenirs avec le magazine.

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui