La chèvre 13 avril 2007 à 10h47 | Par Damien Hardy

Europe - Les Pays-Bas confiants dans la croissance du marché

Sortie de la crise du prix du lait, la filière caprine hollandaise table sur une croissance du marché intérieur et européen. La collecte augmente mais les professionnels ne semblent pas prêts à voir s´installer de nouveaux éleveurs.

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Dans le plat pays des tulipes et des moulins, l´optimisme est de mise quant aux capacités de développement du marché du lait de chèvre. « Nous sommes dans un marché où la demande dépasse l´offre et je pense que cela va durer encore une bonne dizaine d´années » analyse Gertjan Meeuws, commercial de la coopérative Amalthea, le plus gros collecteur de lait de chèvre du pays. « Le marché va se développer car le lait de chèvre a une bonne image santé comme l´a l´huile d´olive depuis 15 ans » prédit-il en constatant que les émissions de télévision ou les magazines féminins hollandais mettent de plus en plus souvent en avant les produits à base de lait de chèvre. Alors que le marché national des produits laitiers stagne ou baisse, les analyses d´achats et de ventes réalisées par Nielsen montrent, qu´au contraire, la consommation de lait de chèvre ou de produits à base de lait de chèvre continue de croître. On retrouve ici une situation similaire à celle de la France.
Mais, dans ce pays de commerçants et de logistique, la production de lait s´imagine surtout à l´export. De même que pour les autres productions agricoles, les Pays-Bas entendent bien profiter des atouts du plus grand port de commerce d´Europe (Rotterdam) et de leur flotte de transports routiers représentant le tiers des camions européens. En 2006, sur les 150 millions de litres de lait produits aux Pays-Bas, environ 70 % auraient été exportés soit sous forme de fromages de type gouda vers la Belgique, l´Allemagne, les États-Unis ou la Grande-Bretagne ou sous forme de lait vers la France, l´Allemagne ou la Grande-Bretagne. Avec un esprit d´entreprise très marqué, certains gros éleveurs n´hésitent pas à démarcher eux-mêmes les laiteries européennes pour proposer leur lait, comme ces trois éleveurs qui vendent directement la production de leurs 11 000 chèvres.
La Hollande fabrique essentiellement des fromages à pâtes pressées de type gouda. ©G. Barbin

Augmenter la collecte en gardant les mêmes éleveurs
Signe du dynamisme du marché national et européen, la coopérative de collecte Amalthea n´est pas parvenue à honorer tous ses contrats d´approvisionnement en 2006. Pourtant, avec 39 000 litres de lait collectés auprès de ses 65 adhérents, la coopérative est un intervenant majeur du marché hollandais. Se limitant à la logistique de collecte, Amalthea fait appel aux huit camions d´une société privée de transport pour collecter le lait. Celui-ci est ensuite revendu en Angleterre pour le lait de consommation ou transformé en fromage par la coopérative laitière Campina.
Pour faire face à la demande croissante de lait, la coopérative souhaite donc augmenter la collecte mais sans pour autant élargir le nombre de livreurs. Les éleveurs ont été largement échaudés par les précédentes baisses du prix du lait liées à des situations de surproduction. En 2003, le prix du lait était descendu jusqu´à 250 euros les 1000 litres, soit moins que le prix du lait de vache. Aujourd´hui, la situation s´est assainie et le lait est payé 435 euros les 1000 litres en moyenne.

Ce prix du marché ne fait l´objet d´aucune négociation interprofessionnelle mais est à peu près équivalent pour les trois coopératives de collecte et les sept industriels collecteurs du pays. Pour être moins dépendante du marché, la coopérative Amalthea envisage de récupérer une partie de la plus-value en fabriquant des yaourts à façon. Une situation qui risque d´augmenter encore le besoin de lait que la coopérative espère combler par l´augmentation de la taille des troupeaux et par l´augmentation de la productivité par chèvre. « Pendant la crise, beaucoup d´éleveurs ont voulu augmenter la production pour jouer sur les économies d´échelle, témoigne Jan Van Lokven, président de la section caprine de LTO, l´équivalent de la fédération néerlandaise des éleveurs de chèvres. Mais maintenant que le prix a augmenté, les éleveurs veulent en profiter et continuent de vouloir s´agrandir ».
Pourtant, les volontaires à l´installation ne manquent pas aux Pays-Bas. Beaucoup d´éleveurs de vaches laitières approchent de la retraite et ont un fils qui veut reprendre l´exploitation et développer l´activité. Mais, le prix des terres et des quotas laitiers limitent ces agrandissements. Ici, le quota de production de 50 vaches se monnaye autour d´un million d´euros. Certains imaginent alors de vendre leur quota laitier pour s´installer en production caprine. Ils arrivent donc avec des bâtiments, des surfaces et beaucoup de capital. Ces éleveurs peuvent ainsi démarrer l´atelier en tablant sur une production d´un million de litres de lait par an. Equipé d´un rototraite de 96 places et de l´automatisation de l´alimentation, l´élevage type du nouvel installé rassemblent 800 chèvres environ.

Une démarche qualité devenue obligatoire
Très orientée vers l´exportation, la filière néerlandaise a mis en place une démarche de progrès appelée Kwaligeit (Qualichèvre) semblable au Code mutuel de bonnes pratiques développé en France. Conçue dès l´an 2000, cette démarche est maintenant appliquée dans les trois grandes coopératives et cinq des sept entreprises privés du pays. Elle vise à faire respecter les règles européennes du paquet hygiène et à limiter les risques sanitaires. Depuis 2006, un producteur doit obligatoirement être signataire de Kwaligeit et respecter un minimum de règles pour pouvoir livrer son lait.
La démarche se base sur cinq modules (hygiène d´élevage, médicament vétérinaire, santé et bien-être animal, alimentation, traite et refroidissement du lait) dans lesquelles des objectifs sont prescrits. Un système de points permet de mesurer les efforts de l´éleveur.

Par exemple, l´absence de mur carrelé dans la laiterie équivaut à trois points mais s´il n´y a pas d´amélioration à la deuxième visite qui a lieu six mois à deux ans après, l´éleveur sera pénalisé de neuf (3 x 3) points. Le contrôle est pratiqué par un organisme indépendant. Au-delà de 30 points de pénalité, le certificat est retiré et l´éleveur ne peut plus livrer. « L´enregistrement de l´utilisation des médicaments vétérinaires a posé le plus de problème dans les élevages, explique Jos Van Wegen, directeur des affaires coopératives d´Amalthea et en charge du développement de la démarche pour toute la filière. Mais maintenant, les éleveurs ont intégré la nécessité d´enregistrer leurs pratiques ». Pour mieux exporter le lait néerlandais.

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