La chèvre 03 mai 2006 à 15h20 | Par Jean-Claude Le Jaouen

Alimentation - La qualité des produits au centre de tous les débats

Sujet de préoccupation actuelle et enjeu économique majeur, la qualité a été le sujet de nombreux débats du colloque international organisé par la Sfer(1) et l´Enita(2) de Clermont-Ferrand, en octobre dernier.

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Bien des questions restent posées au sujet de la notion même de la qualité qui demeure souvent complexe, ambivalente sinon ambiguë. Avec, en tout premier lieu, le comportement paradoxal du consommateur qui veut certes de la qualité, et de préférence haut de gamme, mais également des premiers prix. Or, produire de la qualité a toujours un coût, parfois élevé, que le consommateur n´est donc pas toujours prêt à payer.
Un autre enjeu majeur est la perception et la valorisation des signes de qualité. Certaines filières de produits jouent la carte des labels, des AOC, des IGP, de l´agriculture biologique, cela en s´imposant des contraintes rigoureuses qui ne sont pas toujours bien perçues par le consommateur. Insuffisance de communication certainement, mais aussi pour le consommateur confusion due à la multiplication des signes de qualité et d´origine.

Viennent se superposer des préoccupations de lien au territoire, de durabilité, d´agriculture raisonnée, et depuis quelques années d´éthique ou de protection de l´environnement qui brouillent un peu plus la lisibilité des signes de qualité. Enfin, autre point crucial, si produire collectivement de la qualité constitue un atout dans un contexte de marché concurrentiel, la question se pose de savoir qui en bénéficie. L´enjeu de l´appropriation de la rente et de la plus value liées aux signes de qualité et d´origine est au coeur de bien des débats. La tentation d´acquérir un monopole, et le pouvoir économique qui lui est lié, pose ainsi le problème de l´articulation entre signes de qualité et concurrence sur le marché.

Politique européenne et globalisation
Les signes d´identification de la qualité et de l´origine sont issus d´une évolution historique étroitement liée aux contextes économiques et sociaux des pays et des époques. Au niveau communautaire, les règlements 2081 et 2082 introduisent l´appellation d´origine protégée (AOP), l´indication géographique protégée (IGP) et l´attestation de spécificité (AS). L´AOP reprend le concept de produit de terroir très fortement développé par la plupart des pays du sud de l´Europe. L´IGP introduit une définition plus souple de ce lien au lieu. L´attestation de spécificité répond au besoin exprimé par un certain nombre d´États de pouvoir définir et protéger des savoir-faire et des recettes traditionnelles.
En août 2002, l´Union européenne comptait 597 dénominations enregistrées (AOP et IGP), ce nombre s´est fortement accru pour atteindre 696 (405 AOP ET 291 IGP) en 2005. Les AOP concernent principalement des fromages et des huiles végétales et les IGP plus particulièrement les viandes et volailles, les fruits, légumes et céréales, les pains, pâtisseries et confiserie ainsi que les produits à base de viande. Les fromages, les fruits et légumes et les céréales représentent plus de 40 % de l´ensemble des AOP et IGP.
Avec plus de quatre millions d´hectares, l´agriculture biologique européenne occupe 3,5 % de la SAU et le marché de ses produits représentait environ huit millions d´euros en 2001. Les principales filières en agriculture biologique sont les fruits et légumes, les céréales, le lait, les oeufs et les volailles.

Cet état des lieux montre que la politique communautaire en faveur des signes de qualité et d´origine répond efficacement à une réelle demande pour les produits agricoles et les denrées alimentaires.
Les fondements même de cette politique sont cependant contestés par de nombreux pays et notamment dans le cadre des négociations actuelles de l´Organisation mondiale du commerce. Ces négociations doivent déboucher sur une normalisation des produits et de l´échange qui structure la concurrence au plan mondial.
Un premier pas a été franchi lors des accords signés en 1994 à Marrakech car les indications géographiques sont désormais reconnues comme droits de propriété intellectuelle (accords ADPIC). Pour autant, au nom de la libre concurrence, certains pays comme les États-Unis continuent de contester la politique des indications géographiques conduite par l´Union européenne. La bataille de la reconnaissance internationale des IG n´est donc toujours pas gagnée au niveau de l´OMC, l´UE étant accusée de protectionnisme.

Une des communications présentée lors du colloque(3) a analysé le fonctionnement d´une crise survenue en 1999 suite à une alerte à la listéria concernant une marque de camembert. Le cas décrit est intéressant car l´alerte a été déclenchée par les autorités sanitaires européennes suite à un contrôle portant sur un lot de camemberts commercialisés en Belgique. Mais rapidement les contre-analyses ont révélé que le niveau de contamination par la listéria des produits concernés était largement inférieur au seuil de tolérance établi par la loi française. Cependant, malgré ce démenti, on observera bel et bien une crise sur le produit, cette crise s´étant prolongée durant 12 semaines encore avec une baisse de consommation et la mise en chômage technique d´une partie du personnel de la fromagerie.
Ainsi a été confirmé le fait qu´une fausse alerte pouvait avoir des effets économiques importants pour les entreprises. En dépit des informations positives diffusées par la presse la crise s´est prolongée, les consommateurs réagissant moins vite à une information positive qu´à une information négative.

La crise n´a cependant pas eu de conséquence irréversible car la consommation a fini par retrouver son niveau initial. De plus, elle est restée circonscrite au seul marché de la marque incriminée et n´a donc pas eu d´effet sur la consommation des fromages au lait cru par les ménages.

(1) Société française d´économie rurale.
(2) École nationale d´ingénieurs des travaux agricoles.
(3) Sécurité sanitaire des aliments : fausse alerte et vraie -E. Cahuzac, D. Hassen, S. Monier-Dihan- Économie Toulouse.

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