La chèvre 13 septembre 2006 à 12h09 | Par Damien Hardy*

Valorisation des fumiers - Le compost caprin, meilleur engrais de ferme

Produit naturel et hygiénique, le compost se fabrique naturellement à condition de suivre la température et de retourner au moins deux fois le fumier. Il donne une bonne fumure facile à épandre.

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Facile à épandre, de faible volume, plus hygiénique que le fumier sur les prairies, le compost dispose d´atouts pour être adopté par les éleveurs. Le compostage consiste à aérer du fumier riche en matière organique et en cellulose et contenant un peu d´eau et d´azote pour accélérer sa décomposition.
Le retournement de l´andain permet d´obtenir un produit homogène, bon fournisseur d´humus et hygiénisé. ©D. R.

Pilotage de l´activité du compost
Les aérations provoquées par le retournement du fumier assurent le développement rapide d´une flore aérobie de bactéries et de champignons pré-existante dans la litière accumulée. Cette transformation de la matière organique fraîche produit de la chaleur et induit une perte de masse importante. La chaleur créée détruit les pathogènes et le transport est plus aisé avec un volume diminué de moitié.
La fabrication du compost commence par la mise en tas du fumier qui constitue déjà une aération et entraîne une élévation de température. On travaillera de préférence avec du fumier compact pailleux qui doit tenir en tas et se manipuler à la fourche du tracteur. Toutes les litières accumulées dont le niveau de paillage est important pourront être compostés au champ.

Le compostage au champ est préférable et doit respecter les distances réglementaires (35 m des points d´eau, 100 m des habitations et 200 m des lieux de baignade).
Le tas de fumier, jamais au même endroit du champ d´une année sur l´autre, est construit en andain par dépôts successifs. L´andain créé ne devra pas dépasser 1,5 m de hauteur pour 3,5 à 4 m de largeur pour éviter le tassement du tas.
Composter consiste ensuite à essayer de piloter quatre constituants majeurs d´un fumier aéré : la cellulose, l´azote, l´eau et l´oxygène. Il est possible d´agir sur la quantité de cellulose disponible par le niveau de paillage du bâtiment. L´eau est relativement constante pour les litières accumulées à la sortie du bâtiment.
Au final, seule l´aération permet un réel pilotage du compost. Lorsque l´oxygène du tas est utilisé intégralement, le tas se refroidit et entre en anaérobiose. C´est le cas en quelques jours après la sortie d´un bâtiment et la mise en tas à la benne. Une aération-émiettement permet de relancer le processus.
©D. R.

Après cette première aération, deux indicateurs visuels permettent de piloter le tas en cours de compostage :
1. Lorsque le carbone (présent dans la paille) est très abondant et que le tas est sec, des moisissures blanches apparaissent sur les brins de paille. Une humectation permet de relancer le compostage.
2. Lorsque le fumier est trop humide ou trop riche en azote, il se décompose en beurre noir, malodorant, il s´écrase entre les doigts qui restent collants. Une aération ou plusieurs aérations successives permettront de vaporiser une partie de l´eau et donc de faire démarrer des fermentations aérobies.

Pour composter une litière accumulée, deux retournements minimums sont nécessaires pour assurer un long palier d´oxygénation et donc une bonne température. Concrètement, une première aération réalisée 8 à 15 jours après le curage, puis une autre 10 à 20 jours plus tard permettent de maintenir un bon palier de température.
On cherche en effet à obtenir un minimum de 50 ºC pendant au moins six semaines. Cette température détruit la plupart des pathogènes (virus, bactéries et parasites) ainsi que les graines d´adventices. Il est indispensable de suivre l´évolution du compostage à l´aide d´un thermomètre laissé toujours au même endroit au coeur du tas.

Toute technique d´aération du fumier permet de fabriquer un compost de qualité. La fourche du tracteur permet un remuage minutieux ou un déplacement de l´andain. Il est possible aussi de se servir d´un épandeur à hérissons horizontaux à poste fixe. Mais l´équipement le plus approprié reste le matériel spécifique de retournement d´andains. Les retourneurs d´andain, utilisables par un très grand nombre d´agriculteurs mais d´un prix d´achat très élevé, nécessitent une organisation collective (Cuma avec chauffeur ou entreprise de travaux agricole).
Le remuage à la fourche ou l´épandeur de petite capacité apportent une grande souplesse d´utilisation. Les aérations peuvent être réalisées en période de faible charge de travail.

Stockage et perte de volume
Il est préférable de bien choisir sa période de fabrication en fonction de la période prévue pour l´épandage. Même si le compost peut se stocker, il est préférable de l´utiliser rapidement ou, à défaut, de le couvrir. En période d´activité intense, quelques jours après un retournement, le compost a la capacité d´évaporer une pluie même importante. Si le compost n´est pas épandu dans un délai de 3 mois après la mise en andain, il est utile de le protéger pour qu´il ne s´imbibe pas d´eau de pluie et augmente, de ce fait, les coûts d´épandage. Il faut toutefois vérifier avant d´y poser une bâche usagée, qu´il est, à coeur, descendu à température ambiante. Dans le cas contraire, la vapeur d´eau se condensera sur le plastique.
Au cours du processus de compostage, on observe une perte systématique de carbone et de matière organique de l´ordre de 50 à 60 %. De même, deux retournements sont nécessaires pour assurer une perte de masse suffisante qui va diminuer de 50 % le nombre de remplissages et de va et vient de l´épandeur.
Source : Institut de l´élevage, 1994 et 1998.

Les composts sont beaucoup plus concentrés en éléments fertilisants que les fumiers. Des analyses classiques permettront de vérifier la richesse en éléments fertilisants. Un bon compost doit s´écraser entre les doigts, ne pas tacher et dégager une odeur de sous-bois.
Le compost créé peut s´épandre facilement et de façon homogène. La répartition régulière des éléments évite deux phénomènes liés à l´enfouissement de fumier frais : la faim d´azote sur les cultures et les terres creuses. La faim d´azote est dû à de la paille qui se décompose, pompe de l´azote du sol et diminue l´azote disponible pour la culture implanté.
Le compost de fumier ne doit pas être comparé à un engrais classique, c´est un amendement organique sain (à cause de la destruction des pathogènes et des graines d´adventices) et désodorisé.
L´humus stable sera minéralisé, non pas l´année de l´apport mais les années suivantes en même temps que la matière organique du sol, au printemps et à l´automne.
L´aération peut être réalisée dès la mise en tas avec ce matériel. ©D. R.

Un document technique pour en savoir plus
 Le compost, mieux qu´un engrais de ferme
de Sylvie Hacala
12 pages, 5 euros + frais d´envoi
Technipel : 149 rue de Bercy
75595 Paris cedex 12
technipel@idele.fr

* d´après la brochure de Sylvie Hacala

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