La chèvre 29 mars 2007 à 15h58 | Par Damien Hardy

Filière gras - Stagnation de la collecte et guide des bonnes pratiques en débat

La Fédération des éleveurs de chèvres s´inquiète de la hausse des importations de lait de chèvre. Elle ne tolère pas non plus que le guide des bonnes pratiques que les pouvoirs publics ont validé soit trop souvent ignoré au niveau local.

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« L´année 2006 fut plutôt positive pour la filière caprine » reconnaissait Jacky Salingardes, le président de la Fédération nationale des éleveurs de chèvre (Fnec) en introduction de l´assemblée générale qui se tenait à la Maison du lait à Paris, le 6 mars dernier. Avec des fabrications de fromage de chèvres en hausse de 7 % en 2006 par rapport à 2005 et de 42 % par rapport à l´année 2000, les industries laitières ont su trouver des débouchés pour leurs fromages.
Mais la collecte française n´a pas suivi cette progression. Les chiffres de la filière présentés par Gérard Barbin du service économique de l´Institut de l´élevage montrent que la collecte française n´a augmenté que de 2 % pour atteindre 440 millions de litres. Plus inquiétant, c´est en Poitou-Charentes, première région productrice de lait de chèvre, que la stagnation est la plus marqué.

Le lait nécessaire à la fabrication des fromages est donc importé et c´est maintenant 17 % du lait qui vient de l´extérieur. « Avec 76 millions de litres, c´est un record d´importation » constatait Gérard Barbin. « On atteint un seuil critique au-delà duquel nous risquons de devenir tributaires du marché extérieur et de ses prix » s´inquiétait Jacky Salingardes. « La profession doit combler ce déficit de collecte en maintenant les exploitations existantes et en favorisant les installations. Les éleveurs français se sont engagés dans des démarches de progrès comme le Code mutuel des bonnes pratiques en élevage caprin et il est indispensable pour la dynamique et l´image de notre filière que les producteurs français puissent mieux répondre aux besoins de lait des transformateurs ».
Pour cela, la Fnec veut, d´une part, maintenir les exploitations existantes en continuant à accompagner techniquement les éleveurs et, d´autre part, favoriser les installations. Une vision plus sociétaire ou salariale de l´installation permettrait de se libérer d´une partie des astreintes du métier d´éleveur et ainsi de motiver les jeunes à produire du lait de chèvre.
Frédéric Blanchard, vice-président de la Fnec : « Les fromagers sont des gens sérieux, formés et qui ont investi. » ©D. Hardy

Des prix pour des perspectives d´avenir
En filigrane des débats sur la stagnation de la collecte, la question du prix du lait est restée d´actualité. Les augmentations récentes du prix de base du lait ont été jugés comme « un retard à rattraper » par les éleveurs. A l´image de Liliane Brault, éleveuse dans la Vienne, qui a appelé à augmenter significativement les prix du lait de chèvre remarquant que les hausses déjà intervenues ne comblent pas l´augmentation des charges. « Qui voudrait travailler fêtes et week-ends pour gagner six euros de l´heure ? » s´interroge-t-elle très justement en comparant sa production avec la production de vaches laitières où la rémunération horaire est de 12,50 euros. « Le lait de chèvre fait fonctionner les entreprises mais fait crever les producteurs » lâche-t-elle en demandant une augmentation de 14 centimes d´euro par litre et en rappelant que « les éleveurs de chèvres ont les Droits à paiement unique (DPU) les plus faibles car ils ont eu le malheurs de cultiver des prairies ».
Invité de l´assemblée générale, Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA, rappelait lui que le revenu de l´exploitant venait d´une part des prix mais aussi de la maîtrise des charges et d´une augmentation des volumes. « Si la pénibilité du travail a baissé avec la mécanisation des élevages, les astreintes restent là et peuvent être un frein à l´installation ou au réinvestissement dans l´élevage, constatait Pascal Ferey. Donner une perspective aux éleveurs, c´est d´abord donner une rémunération » martelait-il en appelant à un signal fort des transformateurs laitiers.
Pour encourager le dynamisme de la filière, il est indispensable d´avoir une bonne ambiance laitière régionale au sein des interprofessions. Pointant les problèmes de l´interprofession régionale Rhône-Alpes, le président de la Fnec « ne souhaite pas la désintégration des interprofessions régionales mais la poursuite des dialogues entre industriels et producteurs ».
Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA : « Donner une perspective aux éleveurs, c´est d´abord donner une rémunération. » ©D. Hardy

Un guide de bonnes pratiques pour tous
Frédéric Blanchard, vice-président « fermier » de la Fnec, a présenté en détail le Guide des bonnes pratiques d´hygiène (GBPH) pour les produits laitiers et fromagers fermiers. Cette démarche intéresse désormais tous les éleveurs car ce guide va servir de modèle au GBPH en production primaire en cours de rédaction. « La mise en place du guide fut longue car elle a fait appel à beaucoup de concertations entre professionnels et de nombreuses validations par les pouvoirs publics » expliquait-il. La rédaction du GBPH fermier a ainsi débuté en 1998 pour ne paraître au Journal officiel qu´en juin 2004. Aujourd´hui, ce guide continue d´être diffusé grâce à un important effort de formations des producteurs et c´est maintenant 2300 éleveurs fromagers dont plus de 1000 éleveurs caprins qui ont été formés dans 66 départements.
Mais, Frédéric Blanchard s´interroge sur la pertinence de cette démarche au vu du « très net durcissement des relations » avec les services de contrôles ainsi que leur forte réticence à délivrer des agréments. « Les fromagers sont des gens sérieux, formés et qui ont investi dans leur outils de travail. Ils jouent un rôle positif pour l´image de l´élevage grâce au lien relationnel qu´il tisse avec le consommateurs » rappelait ce fromager de l´Isère qui appelle à une reconnaissance claire du guide des bonnes pratiques d´hygiène dans toutes les Directions départementales des services vétérinaires (DDSV). « Est-ce nécessaire de poursuivre le guide en production primaire si, sur le terrain, la DDSV n´accepte pas la démarche ? » s´interroge Frédéric Blanchard en pointant la grande hétérogénéité de traitements selon les départements.
Consciente des difficultés, la DGAL met en place une quinzaine de référents nationaux qui formeront les contrôleurs vétérinaires afin d´harmoniser les méthodes d´inspection. « Il serait terrible de voir cette filière dynamique régresser pour des questions réglementaires » rassurait Marie-Hélène Le Henaff du ministère de l´Agriculture.

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