La chèvre 09 juin 2006 à 15h06 | Par Damien Hardy

Elevage caprin - Pour les chèvres, une traite par jour, c´est possible !

Ne traire qu´une fois par jour. Ce rêve pour bien des éleveurs semble maintenant réalisable. C´est le cas à la ferme expérimentale du Pradel qui n´a observé que des pertes modérées, même pour un troupeau à haut niveau de production.

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Avec des exploitations plus grandes, une diminution de la main-d´oeuvre familiale et un poids croissant du travail administratif, la charge de travail ne cesse d´augmenter dans les exploitations. Replacée dans le contexte social actuel (35 heures), la demande « travail » est au coeur des préoccupations de la filière caprine laitière et fromagère fermière. Un programme national, piloté par la Fnec, vise à répondre à de nombreuses questions sur cette problématique.
Répondant à cette demande, la station régionale caprine du Pradel dans l´Ardèche a expérimenté une technique de réduction du temps de traite en ne trayant qu´une fois par jour.
Une première expérimentation en 2004 a porté sur la deuxième moitié de lactation. Les 120 chèvres alpines ont été réparties en deux lots homogènes de 60 chèvres chacun. Les deux lots sont traits deux fois par jour jusqu´au milieu de lactation (le 13 juillet). Ensuite, le lot des animaux expérimentaux n´est plus trait qu´une fois par jour, le matin vers sept heures et demi, jusqu´au tarissement. La traite ayant lieu le matin pour que les chèvres aient les mamelles vides en allant au pâturage.

Les chèvres ayant subi ce traitement n´ont présenté aucun signe de gêne ou de changement de comportement. Aucune mammite clinique n´a été signalée. Seule la production de lait a été affectée. Sur un troupeau de départ affichant une très honorable production de 1100 litres de moyenne avec 35,4 de taux butyreux et 32,8 de taux protéique, la baisse de production de 15 % a été observée sur les animaux en monotraite. Le taux butyreux est resté identique et le taux protéique a augmenté de 2,7 points en moyenne. Mais, finalement, la ferme expérimentale qui fabrique du Picodon AOC n´a pas détecté de différence de rendement fromager entre le lait des deux lots, l´augmentation du taux protéique étant provoqué principalement par l´accroissement des protéines solubles non fromagères.
Les séquences deux traites/une traite/deux traites paraissent envisageables avec peu voire pas d´arrières effets des rythmes précédents. ©D. Hardy

La monotraite convient moins aux primipares
Dans la continuité de ces observations, l´expérimentation de 2005 a consisté à démarrer la lactation en monotraite puis à changer au 1er juillet afin d´observer le comportement de la mamelle. Dans cette expérience, il apparaît que, pour les chèvres multipares ayant débuté la monotraite dès la mise bas, la production baisse de 15 % mais le retour à deux traites par jour rétablit la production du lot resté à deux traites par jour. Par contre, pour les primipares, un démarrage de la monotraite dès la mise-bas entraîne une réponse laitière plus faible de 30 à 40 % dans un premier temps et qui s´estompe par la suite. Le facteur limitant serait alors le faible développement du tissu mammaire qui jouerait sur la capacité de la mamelle à stocker le lait.
Cette saturation importante de la mamelle a pour conséquence une augmentation sensible de la concentration cellulaire. En monotraite, 40 % des primipares avaient plus de 500 000 cellules par millilitre de lait contre 10 % pour les primipares traites deux fois par jour.

De même, une hypertrophie des ganglions a été observée chez 42 % des primipares en monotraite contre 8 % chez les primipares à deux traites. Toutefois, dans l´essai, aucune mammite n´a été détectée.
D´une manière plus globale, les analyses individuelles de la production de chaque chèvre montrent des réponses différentes suivant les animaux : certains ont des diminutions de production faibles, moins de 10 %, alors que d´autres voient leur production chuter de 30 à 40 %. Cette diversité de réponses est sans doute due aux différences de capacités de stockage du lait au niveau de la citerne.
Le passage à la monotraite a entraîné un gain de temps de travail non négligeable : une heure par jour en période de pâturage et 45 minutes par jour quand les animaux sont en chèvrerie. Alors qu´au Pradel la traite du soir dure 30 minutes et celle du matin 35 minutes, la monotraite ne demande que 50 minutes par jour. En plus de l´économie de nettoyage, cela permet une réorganisation de la journée avec une sortie au pâturage en moins.

A l´avenir, afin de mieux cerner la pratique de la monotraite, les expérimentations du Pradel porteront sur la composition fine du lait et sur l´alimentation à apporter dans les élevages. Ces expérimentations seront complétées par le suivi des éleveurs ayant adopté la monotraite.
En pratique, il semble qu´une modification du rythme de traite soit bien acceptée et que des séquences deux traites/une traite/deux traites soient envisageables avec peu, voire pas d´arrière effet des rythmes précédents. Il est ainsi possible d´adopter temporairement la monotraite en cours de production pour faire face, par exemple, à un surcroît de travail. « En passant à une traite par jour pendant le mois de la récolte des fourrages, je sais que je vais retrouver les niveaux de production antérieurs » affirme Yves Lefrileux en charge de l´expérimentation à la ferme du Pradel. « Avec la monotraite, on introduit dans l´exploitation une flexibilité exceptionnelle » constate-t-il.
Les primipares semblent les plus sensibles à la pression des mamelles saturées et on observe une augmentation de la concentration cellulaire. ©D. R.

Flexibilité exceptionnelle dans l´organisation
En France, il y aurait pour l´instant une centaine d´éleveurs de chèvres en monotraite, essentiellement des producteurs de fromages. Relativement récent, ce passage à la monotraite concerne surtout les petits troupeaux. « Passer à la monotraite, c´est remettre en cause toute l´organisation du système, reconnaît Yves Lefrileux, on touche au coeur du métier d´éleveur et ce passage ne se fait pas sans questionnement ». Lors de ce passage, la réflexion doit être globale et concerne l´organisation de la journée, l´heure de traite, l´alimentation et l´abreuvement des animaux, le type et le dimensionnement de la machine à traire et, pour les fromagers, les techniques de transformation fromagère.
Un peu moins de lait (ou un peu plus de chèvres) pour se libérer les soirées, la tentation est grande.

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